Evidemment, leur action est avant tout symbolique. Eux-mêmes savent pertinemment qu'elle ne changera ni la face des primaires ni celle de l'élection générale de novembre prochain. Alors, quand on est Français, soutenir l'un des prétendants républicains à l'investiture, ou plus globalement le parti lui-même, détonne forcément.
Avec l'image détestable dégagée à l'étranger par George W. Bush, la prise de position est évidemment à contre-courant de l'opinion dominante. Généralement issus des divers courants de la mouvance libérale hexagonale, se revendiquant de droite tout en étant très critiques envers Nicolas Sarkozy, ils sont plusieurs à soutenir, de manière plus ou moins visible et engagée, le parti de l'éléphant et ses représentants.
"Expliquer la politique américaine"
Les plus actifs se retrouvent dans l''"Association des amis du parti républicain", aussi appelée "GOP-France", en référence au surnom du parti "Grand Old Party". "Au départ, fin 2006, c'était un simple blog comme il y en a beaucoup. Je donnais mon point de vue sur la politique américaine, sur les relations internationales et la pensée libérale", explique Pierre Toullec, son fondateur, qui se définit lui-même comme néo-conservateur. "Au fur et à mesure, mon blog a eu beaucoup de succès et j'ai été rejoint par d'autres personnes. Nous avons alors décidé de nous transformer en GOP-France, de lancer un vrai site puis de créer l'association", raconte encore cet étudiant de 21 ans, ancien membre d'Alternative libérale qu'il a quittée en raison d'un désaccord sur une ligne politique jugée trop à gauche.
"Notre but est d'expliquer la politique américaine en général, notamment celle de George Bush, de la droite américaine et du parti démocrate. Nous voulons montrer que les démocrates ne sont pas des anges et que les républicains ne sont pas des fascistes, comme ont tendance à le croire beaucoup de Français". Dans ce but, plus que des opérations médiatiques, Pierre Toullec participe à des débats contradictoires face à des démocrates vivants en France.
Pour l'instant, l'association, encore à ses débuts, compte cinq membres fondateurs. Elle estime son réseau de sympathisants à environ une centaine de personnes, dont l'écrivain, professeur et économiste Guy Millière, auteur de Pourquoi Bush sera réélu en 2004, et qui a laissé plusieurs messages sur le site Internet. "Notre objectif premier est d'accroître notre nombre d'adhérents. L'argent pour mieux fonctionner viendra avec", assure Pierre Toullec.
"Moitié français, moitié américain"
Si "GOP-France" garde sa neutralité parmi les candidats en lice -bien que Pierre Toullec gère également un blog séparé dédié au mormon Mitt Romney-, ce n'est pas le cas de l'association "French friends of Rudy". Créée au printemps dernier par Stéphane Jacquemet, un jeune entrepreneur dans le domaine du conseil aux entreprises, elle soutient, comme son nom l'indique, Rudolph Giuliani. "'Par conviction, j'ai toujours été proche du parti républicain", souligne cet adhérent de l'UMP.
"Depuis quelques années, j'ai rencontré beaucoup de gens qui s'en disaient également proches mais qui n'osaient pas le reconnaître en raison de la mauvaise image donnée par Bush. En soutenant Rudy Giuliani, je souhaite montrer qu'il faut redécouvrir la moitié des républicains", affirme-t-il. Là-aussi, son objectif est "de tordre le cou au simplisme qui veut les démocrates soient les gentils et les républicains les méchants". "En ce sens, Giuliani est l'homme qu'il faut : il est fort, aimé des New Yorkais et apprécié en Europe. Il peut prouver que les républicains sont des gens bien", analyse-t-il.
"Tellement inattendu"
Jusqu'à présent, Stéphane Jacquemet a choisi la discrétion et ne s'est pas donné de visibilité sur le web. "Je préfère développer mon réseau", argumente-t-il, en revendiquant une vingtaine de membres et une centaine de proches, pour moitié américains, pour moitié français, issus des milieux d'affaires, mais aussi, plus surprenant, de l'enseignement. Que feront-ils si leur champion ne gagne pas l'investiture ? "Nous verrons bien à ce moment là. Mais je suis persuadé que Giuliani aura néanmoins un avenir".*
Pour donner plus de poids à leurs actions respectives, Pierre Toullec et Stéphane Jacquemet sont en contact avec George Yates, le président de Republicans abroad France. "J'avoue que j'ai été surpris lorsqu'il m'ont appelé. C'était tellement inattendu", note le représentant officiel du parti à Paris. "Ils nous a accueillis à bras ouverts, tout comme la présidente de Républicans abroad international", se réjouit Pierre Toullec, qui espère fédérer, ou du moins coordonner, les différentes initiatives qui apparaissent ici ou là -des blogs de soutien en français à Rudolph Giuliani et à Mitt Romney ont ainsi fait surface sur le réseau blogspot avant de disparaître.
Une banderole pour Ron Paul
En marge de ces différents soutiens, figurent les partisans de Ron Paul, l'électron libre du parti de l'éléphant, chantre de l'isolationnisme et de l'ultra-libéralisme économique. Sans surprise, ses partisans français, très anti-Bush, refusent aussi toute identification avec les autres soutiens du parti républicain.
Mis en ligne en mai, le blog de soutien de Emmanuel Bertrand fut le premier site non américain consacré au candidat. "Je trouvais les élections françaises désespérantes. Et j'ai découvert Ron Paul au même moment. L'idée du blog, c'était de créer une caisse de résonance en montrant qu'il était soutenu depuis un pays aussi symbolique que la France. Cela a créé un buzz sur Internet", lance-t-il. Au point même d'obtenir les remerciements de l'équipe de campagne et d'avoir droit à un article dans le New York Times !
Un peu plus tard, un groupe "Ron Paul Paris" fut créé sur le réseau Meet Up, qui met en contact des personnes partageant les mêmes points de vue pour organiser plus facilement des rencontres. Il est désormais géré par Olivier Neola, qui a également découvert Ron Paul via Internet. "Un soir, nous avons notamment déployé à une dizaine une banderole de soutien au Trocadéro en face de la Tour Eiffel. On faisait bien sûr figure d'extra-terrestres", plaisante ce consultant en relations internationales âgé de 38 ans. Selon les derniers chiffres, le "Meet Up Ron Paul Paris" compte 55 membres, soit plus que celui de Hillary Clinton !
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Des Français aux réunions démocrates |
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Est-ce parce que les Français ont tendance à préférer les démocrates et qu'ils n'ont donc pas besoin de réagir comme les pro-républicains ? Toujours est-il qu'il n'existe pas réellement d'association ou de groupe pour soutenir le parti de l'âne en France.
En revanche, on trouve souvent quelques Français aux soirées organisées à Paris par les Américains supporters de Barack Obama ou Hillary Clinton. Parmi eux, un chef d'entreprise, Pierre Mirochnikoff, qui a créé un blog dans la rubrique "Communautés" du site officiel de Barack Obama. Un autre blog de soutien au sénateur de l'Illinois a également vu le jour début janvier sur le réseau activeblog.
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* interview de Stéphane Jacquemet réalisée avant le retrait de Rudolph Giuliani